IRRÉVERSIBLE

🔔 Abonne-toi ici :    / @voluntas-structure   Je suis arrivé un matin où personne ne m’attendait. La ville avait gardé la même couleur. Le même silence au bord de l’eau. Les mêmes fenêtres fermées comme des souvenirs qu’on refuse d’ouvrir. J’avais un sac dans la main. Rien d’autre. J’avais laissé derrière moi des maisons, des noms, des promesses. Mais certaines choses voyagent sans bagage. Elles restent dans la poitrine. [Partie I] J’ai marché sur le vieux quai où les bateaux semblaient fatigués. Un homme réparait un filet déchiré. Il m’a regardé passer comme on regarde quelqu’un qui revient d’un endroit trop loin. Il n’a rien demandé. Dans certaines villes, les gens savent reconnaître ceux qui portent une absence. J’ai traversé les rues étroites. Celles où nos pas résonnent plus fort que nos voix. J’ai retrouvé le café fermé. La porte bleue repeinte dix fois. Le mur où il y avait encore une marque que personne n’avait effacée. Comme si le temps lui-même avait oublié de terminer son travail. [Partie II] Je ne cherchais pas son visage. Je cherchais seulement la preuve que je n’avais pas rêvé. Certaines personnes passent dans une vie comme une lumière dans une pièce sombre. On ne garde pas la lumière. On garde l’endroit où elle est entrée. Et puis je l’ai vue. De l’autre côté de la rue. Un manteau sombre. Les cheveux poussés par le vent. Un regard qui ne demandait rien. Elle m’a reconnu. Pas comme on reconnaît quelqu’un qu’on aime. Comme on reconnaît une page qu’on avait arrêtée de lire. [Refrain murmuré] Nous étions deux étrangers avec une histoire ancienne. Deux chemins qui se croisent une dernière fois. On peut revenir dans une ville. On peut revenir dans une rue. Mais on ne revient jamais au moment exact où tout était encore possible. [Partie III] Nous avons marché sans direction. Elle m’a parlé de choses simples. Un travail qu’elle avait quitté. Une maison qu’elle avait vendue. Un arbre dans son jardin qui était mort pendant l’hiver. Je lui ai parlé de mes départs. Pas de mes blessures. Certaines douleurs deviennent silencieuses quand elles ont trop longtemps crié. Elle a souri quand j’ai raconté une vieille histoire sans importance. Et pendant quelques secondes, la ville n’était plus la ville. Le vent n’était plus le vent. Le passé avait cessé de demander des comptes. [Pont — montée émotionnelle] Mais le matin suivant arrive toujours. Les cafés ouvrent. Les bateaux quittent le port. Les gens reprennent leur vie. Elle m’attendait devant la gare. Je savais pourquoi. Elle aussi. Il existe des rencontres qui ne sont pas faites pour durer. Elles sont faites pour changer la direction. [Partie IV] Elle m’a donné une vieille photographie. Pas d’elle. Pas de nous. Une photo d’un endroit vide. Elle a dit : « Certains lieux gardent mieux les souvenirs que les personnes. » Je n’ai pas répondu. Parce que parfois la réponse est juste un silence qui accepte enfin la vérité. Le train est arrivé. La ville derrière moi a commencé à disparaître. Je l’ai regardée une dernière fois. Elle était encore là. Immobile sur le quai. Pas triste. Pas heureuse. Juste présente. [Outro — spoken word] Je pensais que revenir allait réparer quelque chose. Je me trompais. Certaines portes ne s’ouvrent pas. Elles nous montrent seulement que nous avons changé de clé. J’ai continué mon chemin. Elle a continué le sien. Et quelque part entre deux gares, dans un endroit que personne ne peut retrouver, il existe encore une seconde où deux vies différentes ont presque choisi de devenir la même. Mais presque n’arrive qu’une fois. Et cette fois-là, était irréversible. #iamusic