Dernier métro

🔔 Abonne-toi ici :    / @voluntas-structure   Le quai était presque vide. Un homme en bleu de travail terminait son café dans un gobelet en carton. Deux étudiants parlaient sans regarder le train arriver. Je suis monté dans la troisième voiture. Toujours la troisième. Sans raison particulière. Les portes se sont refermées. Le métro a quitté la station dans ce bruit de fer qui finit par faire partie des habitudes. À l'arrêt suivant, elle est montée. Pas de robe qui attire les regards. Pas de maquillage qu'on remarque. Un manteau noir. Des chaussures fatiguées. Un livre sous le bras. Le visage de quelqu'un qui rentre chez lui. Elle s'est assise en face. Il restait des dizaines de places. Elle a choisi celle-là. J'ai regardé dehors. Le tunnel défilait comme tous les autres. Des câbles. Du béton. Des lumières blanches qui passaient à intervalles réguliers. Quand j'ai relevé les yeux, elle lisait la même page depuis plusieurs minutes. Elle ne tournait pas les feuilles. Elle pensait à autre chose. À République, un groupe est monté en parlant trop fort. Ils sont repartis trois stations plus loin. Le calme est revenu. Elle a sorti son téléphone. L'écran s'est allumé une seconde. Personne n'avait écrit. Elle l'a rangé sans soupirer. Comme si elle s'y attendait déjà. Je me suis demandé quel âge elle avait. Trente ans. Peut-être un peu plus. Assez pour avoir connu des départs. Pas assez pour renoncer aux rencontres. Nos regards se sont croisés. Une seconde. Pas davantage. Ni sourire. Ni gêne. Juste ce moment où deux inconnus savent qu'ils existent l'un pour l'autre. J'aurais pu dire quelque chose. N'importe quoi. « Vous descendez où ? » Ou simplement : « Bonsoir. » Le train a ralenti. Les portes se sont ouvertes. Elle s'est levée. Le livre est resté serré contre elle. Elle est descendue sans se retourner. Les portes se sont refermées. Le métro est reparti. Son siège est resté vide jusqu'à mon arrêt. Je n'ai jamais su son prénom. Je sais seulement qu'il existe des personnes qui ne traversent votre vie que pendant quelques stations. Et qu'on pense parfois à elles bien après avoir oublié le trajet. #iamusic