Khaz Drathûn respire encore

J’ai vu Khaz Drathûn quand ses portes luisaient d’or, Quand les marteaux chantaient plus fort que le tonnerre dehors. Les halls étaient pleins de rires, de bières et de serments, Et les forges crachaient des étoiles dans le ventre des monts géants. Les colonnes portaient nos pères, nos mères et nos rois, Chaque rune dans la pierre disait : “souviens-toi.” Mais les échos sont plus longs quand les voix sont moins nombreuses, Et les salles trop grandes deviennent vite silencieuses. Oh Khaz Drathûn, ma vieille cité, Tes murs sont fendus mais pas tombés. On a perdu des frères, on a perdu des fils, Et chaque brave tombé laisse un trou dans la ville. Oh Khaz Drathûn, tiens bon encore, Sous la suie, la peine et l’or. Tant qu’un marteau frappe, tant qu’un cœur répond, Khaz Drathûn respire au fond des monts. J’vais pas maudire les gobelins, non, c’est pas les premiers, Avant leurs cris verts, y avait les orcs aux colliers rouillés. Et avant les orcs, les drows venaient dans la nuit, Avec leurs lames fines et leurs sourires sans bruit. Les ennemis changent de visage, mais la guerre reste la même, Elle prend les barbes noires, elle prend ceux qu’on aime. Un nain tombe en brave, on chante, on boit pour lui, Mais le banc près du feu reste vide après minuit. Oh Khaz Drathûn, ma vieille cité, Tes murs sont fendus mais pas tombés. On a perdu des frères, on a perdu des fils, Et chaque brave tombé laisse un trou dans la ville. Oh Khaz Drathûn, tiens bon encore, Sous la suie, la peine et l’or. Tant qu’un marteau frappe, tant qu’un cœur répond, Khaz Drathûn respire au fond des monts. Puis un jour vint l’aide d’une main qu’on n’attendait pas, Une BlackRaven, démoniste, et pas des moindres, ma foi. Violette, qu’ils l’appellent, avec son ombre et ses pactes, Tout nous oppose à elle, mais ses actes restent des actes. Depuis vingt ans déjà, ses renforts tiennent la porte, Ses vivres et ses lames ont repoussé la mort. J’ai craché par principe, puis j’ai baissé les yeux, Car même un vieux nain sait reconnaître un feu. J’ai revu des enfants courir près des fontaines, Leurs petits pieds frappaient la pierre ancienne. Ils jouaient à la guerre avec des bouts de bois, Et j’ai ri en pleurant… ça faisait longtemps déjà. Car une cité n’est pas morte quand ses trésors sont partis, Ni quand ses statues pleurent dans la poussière et la nuit. Elle meurt quand plus aucun enfant ne connaît son nom, Mais les nôtres crient encore dans Khaz Drathûn. Oh Khaz Drathûn, ma vieille cité, Tes murs sont fendus mais pas tombés. On a perdu des frères, on a perdu des fils, Et chaque brave tombé laisse un trou dans la ville. Oh Khaz Drathûn, tiens bon encore, Sous la suie, la peine et l’or. Tant qu’un enfant rit, tant qu’un marteau répond, Khaz Drathûn respire au fond des monts. J’ai vu l’âge d’or… j’ai vu le silence. J’ai vu tomber des clans entiers sans descendance. Mais ce matin, dans la grande galerie, un petit nain a ri. Alors j’ai remis du charbon dans la forge. Parce que Khaz Drathûn… Khaz Drathûn n’a pas fini son histoire. Histoire : Dans les profondeurs de Khaz Drathûn, un vieux nain contemple sa cité depuis les hauteurs d’un balcon de pierre. Il se souvient de l’époque où les halls résonnaient de chants, de marteaux, de rires et de festins, quand la cité brillait comme un royaume invincible sous la montagne. Mais le temps a creusé ses blessures. Les ennemis ont changé — drows, orcs, puis gobelins — sans jamais vraiment briser les nains. Pourtant, chaque guerrier tombé a laissé derrière lui une place vide, un banc sans voix, une famille sans descendant. Peu à peu, Khaz Drathûn s’est vidée, non vaincue par la guerre, mais usée par les pertes. Le vieux nain reconnaît alors une vérité difficile : l’aide de Violette BlackRaven, pourtant démoniste et étrangère à tout ce que les nains défendent, a sauvé son peuple. Depuis vingt ans, son soutien a redonné souffle à la cité. Et quand il voit enfin des enfants courir dans les galeries anciennes, il comprend que Khaz Drathûn n’est pas morte. Elle porte ses cicatrices, mais elle respire encore.