Le cadmium, un scandale sanitaire et environnemental | Géopolitis
Métal lourd, cancérogène, le cadmium s’accumule dans les sols via certains engrais phosphatés. Absorbé par les plantes, il intègre la chaîne alimentaire. En France, près de la moitié des adultes seraient contaminés au-delà des seuils de sécurité. Entre géopolitique et productivité, que révèle ce scandale sanitaire ? Invitée : Anne Sénéquier, médecin et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) Présentation : Laurent Huguenin-Elie Au sommaire: 00:00 Cadmium, bombe sanitaire 02:02 Les engrais phosphatés, source de contamination au cadmium 05:36 Anne Sénéquier: "Il y a cette nécessité de diminuer l'utilisation des engrais phosphatés" 11:38 En Tunisie, une usine de traitement du phosphate provoque la colère de la population 14:12 Anne Sénéquier: En termes de sécurité alimentaire, "on est dans une interdépendance internationale" 19:24 Au Pérou, le guano qui a fait la richesse du pays au 19ème siècle est toujours exploité 21:45 Anne Sénéquier : C’est important d’avoir à manger, "mais il faut que cette nourriture ne nous empoisonne pas" 25:56 Déjà en 1985, la pollution des sols au cadmium interpelle aussi en Suisse En raison de ses effets toxiques avérés sur la santé humaine et l’environnement, le cadmium suscite une inquiétude croissante. En France, il est qualifié de "scandale d’Etat" et de "bombe sanitaire", avec près d'un adulte sur deux au-dessus des seuils de sécurité selon un récent rapport de l’agence de sécurité sanitaire. La principale source de contamination au cadmium est l’alimentation. En effet, ce métal lourd est naturellement présent dans les roches à partir desquelles sont fabriqués certains engrais phosphatés utilisés pour améliorer les rendements agricoles. Il s’accumule progressivement dans les sols, puis dans les végétaux et finalement dans notre organisme. "Notre corps n’est pas en capacité de s'en débarrasser", rappelle la médecin Anne Sénéquier, co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale de l'IRIS. Une exposition chronique, même à de faibles doses, est associée à un risque accru de pathologies comme l'ostéoporose, des problématiques rénales mais aussi cancéreuses. Le Maroc détient 70% des réserves mondiales de roche phosphatée La France est particulièrement touchée par cette contamination au cadmium, car elle importe depuis des décennies une grande partie de son phosphate du Maghreb, notamment du Maroc, dont les gisements sédimentaires sont naturellement plus riches en cadmium. "On a aussi une réglementation particulière qui a permis [à la France NDLR] d'avoir des engrais phosphatés à nonante milligrammes par kilo, alors que l'Europe préconise 60, et que ce rapport de l'agence sanitaire préconise 20 pour que ce ne soit pas toxique", souligne Anne Sénéquier. Une proposition de loi visant à abaisser la teneur en cadmium des engrais phosphatés vient d'être adoptée par l'Assemblée nationale et doit encore être encore examiné par le Sénat. Le Maroc assure de son côté ne plus exporter en Europe que du phosphate dont la teneur en cadmium est inférieure à ces 20 mg/kg depuis 2025. Le Maroc, via le Groupe OCP, est depuis longtemps l’un des leaders mondiaux de l’extraction de phosphate. Le pays détient les plus grandes réserves, près de 70% des réserves mondiales, loin devant la Chine ou d’autres pays du Maghreb. En termes de production, c’est la Chine qui domine le marché, devant le Maroc, les Etats-Unis et la Russie. L’Union européenne, dont la seule mine de phosphate se trouve en Finlande, importe une grande partie de cette ressource. Elle est donc très dépendante de l’étranger, notamment des pays d’Afrique du Nord. "Ca note aussi la géopolitique de la chose, parce que là on parle du phosphate, c'est le Maroc. La potasse, on va la chercher au Canada. Et il faut savoir que les engrais azotés, c'est aussi une problématique - notamment énergétique - parce qu'on utilise le gaz naturel pour faire des engrais azotés", explique Anne Sénéquier. Un gaz naturel qui venait notamment de Russie et dont l’Europe tente de se détourner depuis l'invasion russe de l'Urkaine en 2022. "Donc, on voit que rien n'est simple et qu'on est vraiment dans une interdépendance internationale autour de ce que l'on cherche à avoir comme étant une sécurité alimentaire, mais qui n'est clairement pas une souveraineté alimentaire". Le site de Géopolitis : https://www.rts.ch/emissions/geopolitis/ #cadmium #engrais #toxique

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