Thomas Pradeu & Maël Lemoine sur la philosophie dans les sciences – Grandes Conférences AHP

Les Grandes Conférences des Archives Henri Poincaré Thomas PRADEU Directeur de recherche, ImmunoConcept (CNRS & Université de Bordeaux) Maël LEMOINE Professeur de philosophie des sciences médicales à l'Université de Bordeaux «La philosophie peut-elle vraiment contribuer à la science ? De la philosophie des sciences à la philosophie dans les sciences.» 26 janvier 2022 RESUME La plupart des philosophes des sciences font de la philosophie « sur » la science. D'autres, cependant, font de la philosophie « dans » la science (« philosophy in science », ou « PinS »), c'est-à-dire qu'ils utilisent des outils philosophiques pour aborder des problèmes scientifiques et proposer des propositions scientifiquement utiles. Dans cet exposé, nous examinons les indices prouvant l’existence d’une telle approche dans la philosophie des sciences récente, des années 1970 à nos jours. Nous procédons en deux étapes. Tout d'abord, nous identifions empiriquement les auteurs et articles pertinents à l'aide d'outils bibliométriques, en faisant l’hypothèse que la PinS est susceptible d'infiltrer la science et donc d'être publiée dans des revues scientifiques (« intervention »), citée dans des revues scientifiques (« visibilité ») et parfois reconnue comme un résultat scientifique par les scientifiques (« contribution »). Nous montrons que de nombreuses figures centrales de la philosophie des sciences ont été impliquées dans la PinS, et que certains philosophes se sont même « spécialisés » dans cette pratique. Deuxièmement, nous proposons une définition conceptuelle de la PinS comme un processus impliquant trois conditions (poser un problème scientifique, utiliser des outils philosophiques pour l'aborder, et faire une proposition scientifique à son propos), et nous nous demandons si les articles identifiés à la première étape par nos outils bibliométriques remplissent toutes ces conditions. Au total, nous montrons que la PinS est une tendance distincte et quantitativement substantielle au sein de la philosophie des sciences, et qu’elle renforce l’idée d'une continuité méthodologique entre la science et la philosophie des sciences.