L’Amie prodigieuse - L’Île (extrait)

Sur une plage de l’île d’Ischia. LENÙ. Qu’est-ce que t’es en train de lire ? NINO. Les Frères Karamazov… et toi ? LENÙ. Bel-Ami de Maupassant. NINO. C’est beau. Je l’ai lu il y a quelques années. LENÙ. Et le tien de quoi il parle ? NINO. Il parle de trois frères et d’un père assassiné. À un moment donné, ils accusent Dimitri, le fils le plus âgé. LENÙ. D’avoir tué leur père ? NINO. Oui. Ils l’arrêtent. Tout le monde est bouleversé. Mais s’ils l’ont arrêté, c’est peut-être parce que c’est lui le coupable. Qui peut dire le contraire ? Et par la suite arrive le procès. Et alors le procès, c’est le moment le plus beau de tout le livre. LENÙ. Qu’est-ce que t’en sais ? T’as pas encore fini de le lire. NINO. Je suis en train de le relire. Durant le procès, donc, à chaque fois celui qui parle te convainc qu’il détient la vérité. On t’explique pourquoi Dimitri est innocent et alors tu te dis « C’est évident, y a pas de doute, il est innocent c’est sûr ». Puis tu écoutes ceux qui l’accusent. Comme ils te l’expliquent, ils te disent pourquoi et ils affirment qu’il est coupable. Et alors tu te dis « C’est évident, y a aucun doute possible, c’est lui qui a tué son père ». En résumé, à chaque fois que quelqu’un tente d’expliquer ses raisons, ce sont des raisons justes et incontestables. Et c’est plus alors… MARISA, se levant pour rejoindre la mer. Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de ce Karamazov ! Saverio Costanzo – L’Amie prodigieuse, L’Île série adaptée des romans d’Elena Ferrante