Désir au masculin
Présenté par Géraldine Muhlmann Chantal Thomas, de l’Académie Française Philippe B. Grimbert, professeur de néphrologie Philippe Brenot, sexologue Quand les désirs sont pris au pluriel, il semble insensé de se demander s’il y a des désirs féminins et des désirs masculins - puisque tout désir est immanquablement scellé à ce qu’une personne est, à ce qu’elle veut être, à ce qu’elle a ou souhaite obtenir, à ce qu’elle fait, ce qu’elle a fait, ce qu’elle voudrait faire, ce à quoi elle aspire, etc. Au singulier, genré, masculin, il renvoie presque à coup sûr au désir sexuel tel que les hommes l’éprouvent. Paradoxalement, alors que ce sont les hommes qui ont le plus parlé de sexualité, y compris en définissant une sexualité qui serait celle des femmes et correspondrait à ce qu’ils auraient voulu qu’elle fût - avant que les femmes elles-mêmes ne prennent la parole pour déboulonner tous les stéréotypes et les préjugés patriarcaux auxquels on les avait assignées - la question du désir masculin a fait l’objet d’esquives, de mises au silence et d’enfouissements. Puisque le désir s’enracine à la fois dans le corps, le cœur et le cerveau, les molécules ou les neurones, on a surtout avancé des explications physiologiques ou neuro-biologiques, et, pour rendre raison de comportements dits « masculins », comme la confiance en soi, l’aptitude à diriger ou dominer, une certaine agressivité parfois, souligné par exemple le rôle des hormones stéroïdiennes, in primis la testostérone, dont est bombardé dès la vie intra-utérine le cerveau du petit garçon. Mais les personnes, hommes ou femmes, ne se réduisent pas à des êtres biologiques: elles sont « faites » par les relations avec autrui, par l’éducation, par les structures sociales et ce que celles-ci produisent comme valeurs, comme règles de comportement, idées, opinions, préjugés... Aussi un désir au masculin ne peut-il se conjuguer qu’avec l’ensemble de ces facteurs et déterminations: et il n’est pas sûr, dans ce cas, qu’il se manifeste comme bon nombre de stéréotypes voudraient qu’il se manifestât: un désir « primitif », direct, possessif, tourné exclusivement vers la pénétration et la jouissance de l’éjaculation, exempt de toute sentimentalité, insensible à la douceur et à la tendresse au moment vécu... Il faudrait une révolution « masculine » pour l’attester, aussi puissante qu’a été celle réalisée par le féminisme. Hélas, c’est le « masculinisme » qui ici et là refait surface: retour en arrière qui décline le « désir au masculin » sur le mode de la virilité dominatrice.

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