Monique Morelli. Paris 42 ( Louis Aragon/ Lino Léonardi)

Monique Morelli accompagnée par Lino Léonardi « Paris 42 » (Louis Aragon / Lino Léonardi) dans « Le club des poètes » , une émission de Jean-Pierre Rosnay du 4 avril 1965 . Extraits du poème « le paysan de Paris chante » dans « En français dans le texte » publié à Neuchâtel en 1943. Paris 42. Une chanson qui dit un mal inguérissable Plus triste qu’à minuit la place d’Italie Pareille au point du jour pour la mélancolie Plus de rêves aux doigts que le marchand de sable Annonçant le plaisir comme un marchand d’oublies Une chanson vulgaire et douce où la voix baisse Comme un amour d’un soir doutant du lendemain Une chanson qui prend les femmes par la main Une chanson qu’on dit sous le métro Barbès Et qui change à l’ Etoile et descend à Jasmin C’est Paris ce théâtre d’ombre que je porte Mon Paris qu’on ne peut tout à fait m’avoir pris Pas plus qu’on ne peut prendre à des lèvres leur cri Que n’aura-t-il fallu pour m’en mettre à la porte Arrachez-moi le cœur vous y verrez Paris C’est de ce Paris-là que j’ai fait mes poèmes Mes mots ont la couleur étrange de ses toits La gorge des pigeons y roucoule et chatoie J’ai plus écrit de toi Paris que de moi-même Et plus que de vieillir souffert d’être sans toi Qui n’a pas vu le jour se lever sur la Seine Ignore ce que c’est que ce déchirement Quant prise sur le fait la nuit qui se dément Se défend se défait les yeux rouges obscène Et Notre-Dame sort des eaux comme un aimant L’aorte du Pont Neuf frémit comme un orchestre Où j’entends préluder le vin de mes vingt ans Il souffle un vent ici qui vient des temps d’antan Mourir dans les cheveux de la statue équestre La ville comme un cœur s’y ouvre à deux battants Le vent murmurera mes vers aux terrains vagues Il frôlera les bancs où nul ne s’est assis On l’entendra pleurer sur les quais de Passy Et les ponts répétant la promesse des bagues S’en iront fiancés aux rimes que voici Paris s’éveille et moi pour retrouver ses mythes Qui nous brûlaient le sang dans notre obscurité Je mettrais dans mes mains mon visage irrité Que renaisse le chant que les oiseaux imitent Et qui répond Paris quant on dit liberté.