"Parlez, messires"

Titre : "Parlez, messires" Préambule (narrateur solennel) : Oyez, braves gens, et vous, marmots effrontés, Qui sabrez la langue de France sans pitié, Voici venir le chant d’un sage éloquent, Pour pourfendre d’un vers vos parlers indigents. Couplet 1 : Oyez, oyez, gueux sans latin ni prose, Qui glapissez en ruelles closes, Enfançons de l’ombre, vil faquin, Vos mots sont fange, vulgaire venin. J’ouïs vos rixes, vos bafouilles d’ivrognes, Où l’esprit gît et le bon sens se rogne. Je suis lettré, chevalier de la langue, Quand vos argots s’engloutissent en gangue. Refrain : Parlez, messires, que j’entende vos sons, Est-ce patois ou bourdonnement de poisson ? J’honore la rime, l’art et la raison, Quand vos balbutiements me donnent le frisson. Couplet 2 : Vos "ouais", vos "wesh", vos "j’sais pas quoi" me lassent, Tel paon déplumé dont l’allure trépasse. Vos vers sont fardeaux, sans grâce ni mesure, J’escrime ma plume et vous blesse sans rature. Vous riez fort de sottises sans sel, Pendant que j’cisèle des alexandrins de miel. Messieurs, rangez vos insultes d’échoppe, Ici, l’esprit triomphe, et l’ignorance est escroque. Refrain : Parlez, messires, que j’entende vos sons, Est-ce patois ou bourdonnement de poisson ? J’honore la rime, l’art et la raison, Quand vos balbutiements me donnent le frisson. Couplet 3 : Regardez-moi ces hâbleurs sans cervelle, Tels truands d’auberge, la verve est faible et rebelle. Ils croient briller sous capuche et galéjade, Mais leurs jactances sont rivières sans cascade. Mirez vos rimes, bâties sans fondement, Charogne de la langue, outrage au firmament. Je suis l’archevêque du verbe affuté, Quand vos beuglantes ne sont que fatuité. Outro : Ainsi s’éteint la voix des badauds, Je m’en retourne, laissant derrière moi les sots.