SOKO-KEATON'S SONG - Cover Camille Hardouin

La neige, venue ce matin là comme une surprise. On s'est précipités dehors - on voulait même être encore plus dehors que dehors, on est allés jusqu'à la forêt. Là, tout était plus grand et plus simple que nous, tout avait quelque chose à nous apprendre en silence, ou peut-être avec le bruit des branches et de la rivière, qui nous semblent une part du silence, comme si nous ne reconnaissions du langage que les mots qui nous étaient adressés. On aurait dit qu'elle était tombée aussi à l'intérieur de nous, que cette neige avait recouvert ce que nous pensions être, que nos envies, nos peurs, ou ce qui nous semblait la veille si important s'étaient aussi recouverts d'une main blanche et glacée. Comme si nous aussi, malgré le temps qui passe sur nos rêves et sur nos visages, nous avions le droit d'être neufs un instant. On a regardé ce qu'on avait avec nous : mon guitalélé toujours désaccordé, la caméra de Zino. J'ai dit, viens, je chante quelque chose, je chante cette si jolie chanson de Soko, celle qui est triste et qu'on chantait ensemble pour se donner du courage quand on a cru qu'on allait se quitter, ta voix douce et grave par dessus la mienne. J'avais envie d'une chanson triste et très simple, et je l'avais passée au français comme une gourmandise, en faisant bien attention à ne rien rajouter à ces émotions brutes, un coup de poing très doux dans le creux du ventre. Je ne sais pas encore bien la chanter, un jour avec beaucoup d'entrainement je saurai, mais même comme ça je l'aime tellement, tellement. C'est la plus belle chanson de désillusion et d'illusion à la fois, d'amour emmêlé qui se prend les pieds dans lui-même, de flammes qui s'éteignent à l'intérieur de nous parce qu'on veut protéger l'incendie qui nous liait à quelqu'un. Zino m'a regardé avec son regard de chat, il était déjà convaincu mais il a quand même protesté, il m'a dit, mais, on n'a pas de micro, il y a du vent, on n'entendra rien du tout. Le micro, toujours mettre un micro dans mes poches, j'ai pensé, il faut que j'apprenne ça. C'est vrai, peut-être on entendra rien du tout, à part mon obstination à vouloir chanter partout et à oublier de mettre des micros dans mes poches, mais viens, on essaye, d'accord? Bien-sûr il a pris ma main, mon guitalélé, et il m'a rajouté un manteau pour que je n'ai pas froid, il a dit d'accord. " tu m'as abandonnée trop vite posée par terre pour prendre la fuite laisse-moi le temps et je te prouverai que je suis meilleure que ce que j'ai pu te montrer tu n'en peux plus de me voir pleurer tu n'as jamais su comment me calmer fais moi rire, lis moi des romances.. s'il te plait, rappelle moi combien j'ai de la chance tu me demandes pourquoi je me fais du mal j'essaye de tuer le pire en moi pour être la meilleure pour toi pour être la meilleure pour toi " qu'elle est belle cette chanson, si Soko tu tombes dessus j'espère que tu aimeras cette version française et que tu sauras à quel point je te remercie d'avoir écrit une chanson si sincère et triste et gracieuse, qu'on a ainsi envie d'écouter jusqu'à la fin des temps dans un petit manteau merveilleux de tristesse et de mélancolie ultradouce; et j'espère qu'elle vous emmènera aussi dans son manteau, qu'elle vous fera comme moi chavirer, et que la neige posera sur vous aussi sa main calme et immense, qui ne sait rien et qui ne demande rien.