Réunion la 1ère
Réunion la 1ère JT du soir le 17 juin 2026 : Loi « Enfants de la Creuse » : Derrière l’unanimité historique, la guerre des récits politiques à La Réunion Derrière l’unanimité historique affichée au Sénat dans la nuit du 16 juin 2026, l’adoption définitive de la loi de réparation pour les « Enfants de la Creuse » ravive à La Réunion une intense guerre des récits. Par Olivier de Larichaudy Rédaction Outre-mer La 1ère Publié le 17 juin 2026 à 11h54 Lecture 3 min Si tous les camps saluent d'une seule voix une victoire mémorielle attendue depuis un quart de siècle, chaque sensibilité politique de l'île s'active déjà à tirer la couverture à soi, révélant des lectures profondément divergentes de cette tragédie d’État. Le PLR célèbre le triomphe de la « dignité réunionnaise » D'après Pour La Réunion (PLR), la paternité de cette victoire ne souffre aucune contestation. Le parti d'Huguette Bello a dégainé un communiqué triomphal pour saluer le travail de sa députée, Karine Lebon initiatrice du texte à l'Assemblée nationale. Pour ce parti, signataire de l'appel de Fort-de-France pour davantage d'autonomie, cet épilogue est avant tout le fruit d'un combat populaire et militant mené contre un déni institutionnel. En insistant sur le rôle historique de l'Union des Femmes Réunionnaises (UFR), le PLR ancre ce succès dans l'ADN de la gauche. Le texte vient ainsi réparer des « identités meurtries » et consacre enfin la « dignité du peuple réunionnais ». Un constat partagé par les députés LFI Perceval Gaillard et Jean-Hugues Ratenon, qui se réjouissent d'un vote venant condamner des crimes « organisés et légitimés par l'État ». Fait notable, les insoumis jouent la carte de l'unité en saluant le travail transpartisan du duo Lebon-Malet, pour mettre en lumière le drame humain de « ces parents qui ont vu leurs enfants partir sans jamais les revoir ». La droite parlementaire choisit la « solidarité nationale » et ménage Michel Debré. À l'autre extrémité de l'échiquier politique local, la droite républicaine affiche elle aussi sa satisfaction, mais avec un tout autre lexique. Porté au Sénat par la rapporteure (LR) Viviane Malet, le texte est abordé par la droite sous le prisme de la cohésion républicaine. Dans l'hémicycle, le sénateur apparenté LR Stéphane Fouassin a livré une lecture très "départementaliste" de l'histoire. Prenant soin de rappeler en préambule le boom économique et le défi démographique de l'île après 1946 (la population étant passée de 250 000 à 600 000 habitants), il a recadré l'exode forcé comme la dérive administrative d'une époque, et non comme une entreprise de destruction identitaire. Pour la droite locale, tout l'enjeu est de condamner la souffrance des victimes sans jamais égratigner l'héritage de Michel Debré, architecte de cette politique de transfert. Pour la droite, il ne s'agit pas de verser dans la repentance systématique, mais de faire jouer la « solidarité nationale » pour refermer une cicatrice. Le Parti Socialiste renvoie aux fondations de 2014 Au milieu de ce duel de communication entre le PLR et la droite, la sénatrice socialiste Audrey Bélim a tenu à rafraîchir les mémoires. Tout en félicitant Karine Lebon et Viviane Malet, elle fait rappel historique: douze ans avant le vote de 2026, c'est la députée socialiste Éricka Bareigts( aujourd'hui maire de Saint-Denis) qui avait fait voter la résolution historique de 2014, actant pour la première fois la responsabilité morale de l'État. Pour la gauche socialiste , la loi d'aujourd'hui n'est que l'aboutissement d'un processus institutionnel initié sous le quinquennat de François Hollande. Une manière élégante, mais ferme, de rappeler aux nouveaux vainqueurs qu'ils ne sont pas des initiateurs mais des continuateurs. Après l'adoption de la loi Le consensus politique se reforme néanmoins sur le calendrier d'application de la loi, qui ouvre trois chantiers majeurs dès les prochains mois : La Commission de reconnaissance : Une instance de 15 membres (dont 4 victimes, dont Marie-Germaine Périgogne, et le sociologue Philippe Vitale) va être installée pour veiller à l'application des recommandations mémorielles L'indemnisation financière : Une allocation forfaitaire de réparation identique sera versée aux quelque 1 800 survivants recensés, refusant ainsi toute "hiérarchisation des souffrances". Le rendez-vous du 18 février 2027 : Les associations préparent déjà la toute première journée nationale d'hommage, qui sera inscrite officiellement dans le calendrier républicain. Par Olivier de Larichaudy Rédaction Outre-mer La 1ère

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