Alicja Polechonska, Jeannine Vandensande, Norbert Consalvo et Andrée Clément à Espace Art Gallery
Cette année, quatre sensibilités distinctes se répondent sans se confondre. Au centre de cette proposition, la couleur occupe une place structurante dans le travail d’Alicja Polechonska. Ses toiles, marquées par une énergie chromatique assumée, explorent des tensions entre éclats vifs et zones plus sourdes. Rien n’y apparaît décoratif et la couleur agit d’une matière autonome, parfois presque instable, et semble déborder du cadre pour interroger la perception même de l’espace pictural. Le regard est constamment sollicité, obligé de se déplacer et de recomposer ce qu’il voit. Bien que peintre figurative, Alicja Polechonska reste avant tout une coloriste. Dans un autre registre, l’abstraction de Jeannine Vandensande suggère une expression plus silencieuse et tout aussi dense. Ses compositions jouent sur des équilibres fragiles, où les formes se dissolvent au profit du rythme et de la respiration. Ici, l’abstraction ne tient jamais du retrait de la réalité et la reconfigure par glissements successifs. Le travail de Norbert Consalvo s’inscrit, quant à lui, dans une logique de détournement de l’image photographique. Ses œuvres retravaillées brouillent volontairement les frontières entre capture du réel et intervention plastique. Les images semblent suspendues entre plusieurs états qui habitent documentation, mémoire altérée et fiction visuelle. Cette instabilité confère à son élaboration une dimension presque narrative, sans jamais imposer un récit unique. Enfin, les dessins d’André Clément introduisent une dimension plus archaïque et imaginaire. Ses chimères et créatures, reproductions fidèles des statues qui ornent la balustrade de la galerie supérieure de Notre-Dame de Paris, convoquent un bestiaire à la fois inquiétant et familier. Le trait précis et libre donne naissance à des monstres hybrides qui semblent émerger d’un interstice entre histoire et invention. On y retrouve une fascination pour les marges du visible et ce qui échappe aux classifications banales. L’intérêt de ce salon d’été réside dans la cohabitation de langages plastiques. Aucun des quatre artistes ne cherche à illustrer un thème commun et chacun, à sa manière, travaille la question de la perception et de ses décalages. 5rédactionnel paru dans "Bruxelles Culture" de juillet.

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