Degas Danse Dessin un Documentaire de Valerio Truffa

Cette fois Valerio Truffa vous fait partager cette exposition unique, un bon voyage vous attends Ciao . "Degas danse dessin" est un essai de Paul Valéry (1871-1945), publié à Paris chez Ambroise Vollard en 1936, dans une édition illustrée de vingt-six gravures de Maurice Potin d'après les compositions d'Edgar Degas. La quasi-totalité du texte avait paru dans différentes revues avant la publication. Au récit des souvenirs personnels de Valéry (il avait rencontré Degas vers 1893 chez Henri Rouart), viennent se mêler, comme au fil de la plume, des réflexions sur la peinture et sur l'art, des anecdotes rapportées par divers témoins de la vie du peintre ainsi que les souvenirs écrits d'Ernest Rouart et de Berthe Morisot. Le tout composant en une prose limpide et pleine d'humour un portrait vivant de l'"artiste pur". Valéry dit tout net qu'il ne pense pas "trop de bien des biographies"; quant à Degas, il a toujours marqué une féroce aversion à l'égard de la critique d'art: "Les Muses dansent, elles ne parlent pas." Comment, alors, évoquer par un livre le souvenir de Degas sans le trahir ou se trahir? Valéry opte pour la solution que choisit son Faust: unir les Mémoires et le traité en un seul volume. "Je trouve que c'est une manière de falsification que de séparer la pensée, même la plus abstraite, de la vie, même [...] la plus vécue [...]; donc j'ai résolu d'insérer purement et simplement, comme elles me vinrent, mes observations, mes spéculations, mes thèses, mes idées, dans le récit" (voir Mon Faust). Ainsi peut s'élaborer une esquisse de Degas qui emprunte sa forme à l'art du dessinateur: "Comme il arrive qu'un lecteur à demi distrait crayonne aux marges d'un ouvrage et produise, au gré de l'absence et de la pointe, de petits êtres ou de vagues ramures, en regard des masses lisibles, ainsi ferai-je [...] aux environs de ces quelques études d'Edgar Degas." Le portrait de Degas, que constituent l'ensemble des divers témoignages dont l'ouvrage se nourrit, est celui d'un misanthrope dont les opinions absolues, les jugements définitifs, dissimulent cependant un immense "doute de soi-même et [le] désespoir de se satisfaire". La description du personnage ne nous épargne ni son côté négligé, ni ses étranges vêtements à la mode des vieillards de son temps, ni son manque de sens pratique, ni son chauvinisme et ses idées politiques étroites (il fut antidreyfusard). A la fois généreux et maniaque, il était justement célèbre pour ses bons mots parfois cruels: il disait par exemple de Meissonier, très en vogue alors et qui était de petite taille: "C'est le géant des nains!" Cependant, cette personnalité souvent imprévisible apparaît comme "uniquement soumis[e] à l'idée absolue qu'il avait de son art". Une oeuvre, pour lui, n'était jamais considérée comme définitivement achevée. On retiendra à ce propos le mémorable épisode du pastel acheté par Henri Rouart que Degas voulut à tout prix emporter pour le retoucher. Nul ne le revit jamais et le peintre finit par avouer que, insatisfait de cette oeuvre, il l'avait détruite. Pour dédommager son ami, il lui offrit les Danseuses à la barre. Quelque temps plus tard, la présence d'un arrosoir, qu'il jugeait, rétrospectivement, incongrue sur le tableau, commença à le tourmenter; mais cette fois on ne le laissa plus approcher. Ainsi, par petites touches, est brossé le portrait sans concessions d'un héros de la "comédie de l'esprit" qui a réussi à développer cette "mystique des sensations" que Valéry caractérise dans Autour de Corot et grâce à laquelle la "vie extérieure" se charge soudain de toute l'intensité et des profondeurs de la vie intérieure.