Au Salvador, la guerre impitoyable de Nayib Bukele contre les gangs | Géopolitis

La guerre impitoyable du président Nayib Bukele contre les gangs a fait chuter drastiquement la violence au Salvador, au prix de violations des droits humains. L’auto-proclamé "dictateur le plus cool du monde" bénéficie d’une popularité record, mais peut-on encore s’opposer au président Bukele ? Invité : Kevin Parthenay, professeur agrégé de Sciences politiques à l’Université de Tours Présentation : Mélanie Ohayon Au sommaire: 00:00 Nayib Bukele, "dictateur cool" du Salvador 02:20 Au Salvador, la guerre de Nayib Bukele contre les gangs 06:21 Kevin Parthenay: Le modèle sécuritaire du Salvador "repose sur un modèle économique assez flou" 12:01 Des voix dissidentes réprimées au Salvador 14:45 Kevin Parthenay: "Cette politique de sécurité a changé la vie des Salvadoriens" 18:13 De nouvelles règles de discipline dans les écoles publiques salvadoriennes 20:31 Kevin Parthenay: "Je crois qu'il faut s'attendre à voir Nayib Bukele se maintenir au pouvoir" 24:26 En 1982, le Salvador en pleine guerre civile El Tunco, village balnéaire le plus touristique de la côte pacifique du Salvador, attire les surfeurs du monde entier. L’an dernier, ce pays de plus de 6 millions d’habitants a accueilli 4,1 millions de visiteurs internationaux. Le tourisme a rapporté 3,6 milliards de dollars de recettes en 2025, soit près de 10% du PIB. Au-delà du tourisme, le Salvador est devenu une destination attractive pour les investissements étrangers. "Ils viennent de toute part. (…) Google s'est installé récemment, on en parle actuellement pour mettre en place des structures technologiques avec des centres de données en l'occurrence, qui rendent ce pays extrêmement moderne et très attractif sur le plan technologique", précise dans l'émission Géopolitis Kevin Parthenay, professeur agrégé de Sciences politiques à l’Université de Tours. Avec comme ambition de faire du Salvador un pôle technologique en Amérique centrale. Cet attrait est favorisé par une réduction drastique de la criminalité dans ce pays autrefois rongé par la violence des gangs. "On parle beaucoup de ce modèle sécuritaire de Nayib Bukele partout dans le monde, dans la mesure où il a réussi à faire chuter considérablement les niveaux de violence et de criminalité organisée. Et c'est précisément cette réalité-là qui l'érige d'une certaine façon en modèle", explique Kevin Parthenay. Le taux d’homicides pour 100 000 habitants est passé de 106,3 personnes en 2015 à 1,3 en 2025, selon les données de la Police nationale. Au nom du combat contre les gangs armés, Nayib Bukele, élu président en 2019 puis à nouveau en 2024, a mis en place un régime d’exception qui suspend les droits constitutionnels, autorise les arrestations sans mandat judicaire et sur base de simples soupçons. Cet état d’urgence a été instauré en mars 2022 et renouvelé 49 fois depuis. En tout, 91 628 personnes ont été mises en détention depuis le début de l’état d’urgence en 2022, soit environ 2% de la population adulte. Avec 1659 prisonniers pour 100 000 habitants, le Salvador détient le taux d’incarcération le plus élevé du monde. "Très clairement, cette politique de sécurité a changé littéralement la vie des Salvadoriens, qui étaient auparavant complètement prisonniers eux-mêmes par le phénomène de violence", relève Kevin Parthenay. L’ONG salvadorienne Secours juridique humanitaire estime que sur les plus de 90 000 personnes mises en détention depuis le début du régime d’exception, 30 000 seraient innocentes. Les familles se mobilisent pour demander libération de leurs proches. Journalistes, organisations de défense des droits humains et partis d'opposition dénoncent un affaiblissement des valeurs démocratiques ainsi que la répression des voix dissidentes. "Les violations de certaines libertés, notamment la liberté de parole, la liberté de la presse, lui [Nayib Bukele] valent de plus en plus de critiques", constate Kevin Parthenay, avant de préciser que malgré cela "il reste populaire. Il est très peu en danger dans la mesure où l'opposition est extrêmement faible et où la plupart des opposants sont malheureusement souvent contraints de quitter le pays. Je pense aux médias, aux ONG, à la société civile active et contestataire dans son ensemble. Et donc, de ce fait, il est un peu seul en scène, avec le soutien et la légitimité qu'il a vis-à-vis des questions de sécurité. Il parvient à se maintenir au pouvoir sans aucune difficulté jusqu'à aujourd'hui". Le site de Géopolitis : https://www.rts.ch/emissions/geopolitis/ #salvador #bukele #prison