Live François Bégaudeau
Nous avons parlé de l’attachement secret aux premières images. Celles que l’enfance imprime, celles que l’on oublie mal, et qui ressurgissent parfois, à travers un plan, un film, un visage sous la neige. Nous avons parlé avec François Bégaudeau de ce trouble ancien qui fait qu’un film d’enfance, même mal revu, peut peser plus lourd qu’une vie entière de cinéphilie. De l’appel de la forêt et du visage de Charlton Heston, perçu un soir d’enfance, avec cette émotion si pleine qu’aucune autre, peut-être, n’égalera plus jamais. Nous avons évoqué la critique de cinéma, non comme un exercice de domination ou de savoir, mais comme un travail fragile : rendre compte de ce qui a traversé un corps au moment de la projection. Se souvenir qu’il faut partir de soi, sans jamais s’y enfermer. Partager une émotion sans la convertir en pathos, écrire depuis le tremblement mais après l’avoir laissé refroidir. Nous avons parlé du cinéma comme d’un rapport au monde — du premier choc de l’image à sa lente érosion avec l’âge, de ce que c’est que d’écrire sur les films en se tenant à ce fil ténu entre subjectivité et attention à l’autre. De la difficulté d’échapper à l’époque, à ses pièges de style, à la tentation de briller pour briller, de construire des discours qui oublient les images. Nous avons parlé aussi du dialogue critique, de ce qui fait qu’une joute verbale peut naître d’un désaccord sur un film et glisser, presque malgré soi, vers des enjeux plus personnels, plus politiques, plus secrets. De ce qu’il y a, toujours, derrière un jugement sur un film : une expérience du monde, une mémoire, parfois un combat. Nous avons parlé enfin des Cahiers du cinéma, non comme d’un monument, mais comme d’un lieu traversé, avec ses poids, ses héritages, ses fidélités complexes. De ce que c’est que de grandir avec l’idée d’une certaine exigence, puis d’apprendre, peu à peu, à écrire moins pour les morts que pour les vivants — moins pour l’institution que pour l’image. Nous avons parlé de cela : De ce qu’il reste d’un film en nous quand les discours s’effacent. Et de ce que la critique peut encore faire : non expliquer, mais accompagner. Retrouvez le podcast "La Gène occasionnée" ( / la-gene-occasionnee .

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