Juste Quelques mois

Ce soir la maison respire en silence Les murs connaissent déjà la sentence Je souris encore quand tu viens vers moi Comme si la mort n’existait pas le médecin parlait, je regardais tes yeux Tes oreilles baissées, ton air amoureux Ils disent “quelques mois”, moi j’entends surtout Que bientôt tu dormiras sans mon souffle au bout Je n’ai pas peur du noir qui m’attend Ni des adieux, ni du temps qui descend Mais de ton regard derrière la porte Quand j’aurai quitté ce monde… et que ta peine sera plus forte Quand tu attendras devant la porte Sans comprendre pourquoi je tarde encore Quand ton petit cœur cherchera mes mains Dans le silence des matins Qui t’aimera comme je t’aimais ? Qui verra la peur que tu cachais ? Je pars avec une douleur immense Te laisser croire à mon absence Je cache mes larmes dans ta fourrure Parce que ton cœur ne connaît pas les blessures Tu poses ta tête contre mes genoux Comme si tu pouvais guérir tout Je range mes affaires lentement Pour que rien ne ressemble à un départ violent Mais comment expliquer à un cœur si fidèle Qu’on peut aimer encore quand le ciel nous appelle ? Je peux accepter la fin qui s’approche Le froid des chambres et les nuits trop proches Mais l’idée de tes yeux perdus sans moi C’est ça qui me brise au fond de moi Quand tu dormiras seule sur le canapé En gardant ma place sans bouger Quand le vent fera grincer le portail Tu penseras peut-être que je rentre du travail Et moi, même loin dans l’invisible Je resterai près de toi, paisible Parce qu’un amour aussi fidèle Ne disparaît jamais vraiment du ciel Je ne comprends pas pourquoi tu trembles Pourquoi les humains parlent à voix tendre Pourquoi ton odeur change un peu chaque nuit Et pourquoi parfois tu pleures sans bruit Je resterai là jusqu’au matin Même si tu ne peux plus tendre la main Je garderai la porte et le lit Comme si tu revenais aujourd’hui Les jours passent et la maison s’éteint Ton absence flotte sur les coussins Je fais encore le tour des pièces En espérant entendre tes pas qui reviennent Ils disent ton nom avec des sanglots Moi j’attends encore derrière la fenêtre au chaud J’ai gardé ton odeur dans mon cœur fatigué Comme une laisse invisible autour de mes pensées Et même si la vie nous sépare L’amour ne meurt jamais quelque part Tu vis dans chaque promenade Dans chaque étoile, chaque façade Et quand viendra mon dernier sommeil Je courrai vers toi sous le soleil Plus de douleur, plus de nuit Juste toi… qui m’attendras aussi.